Face à la fragilité persistante des monnaies africaines et à la dépendance structurelle au dollar, l’expérience du Ghana apparaît comme un tournant stratégique majeur. À travers une politique volontariste d’achat d’or local par sa banque centrale, Accra a renforcé ses réserves de change, stabilisé sa monnaie et restauré la confiance macroéconomique. Dans cette Tribune n°34, Patrick Onoya Tambwe décrypte cette stratégie, en tire les enseignements clés et interpelle la Banque Centrale du Congo (BCC) sur l’opportunité d’adapter ce modèle au contexte congolais, dans une logique de résilience financière et de souveraineté monétaire.
Tribune no 34 :
= STRATEGIE DE RENFORCEMENT DES RÉSERVES DE CHANGE PAR L’ACHAT D’OR DE LA BANQUE CENTRALE DU GHANA :
ÉTUDE DE CAS ET LEÇONS À TIRER POUR LA BANQUE CENTRALE DU CONGO (BCC)
Par Patrick Onoya Tambwe

- Définition du concept de réserves de change
Les réserves de change sont des actifs en devises étrangères (dollars, euros, etc.) et en or, détenus par les banques centrales.
Elles servent à garantir le cours de la monnaie nationale, financer les importations, et réguler le taux de change. Elles garantissent la liquidité pour régler les déficits de la balance des paiements.
- Caractéristiques et utilités principales : Composition :
Principalement des devises convertibles (dollar, euro, yen, livre sterling), de l’or, et des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI.
Fonction :
Intervention : Soutenir la monnaie nationale en l’achetant ou en la vendant contre des devises sur les marchés.
Liquidité : Faire face à des déséquilibres de la balance des paiements.
Confiance : Assurer la crédibilité économique du pays.
Gestion : Les réserves sont souvent placées en bons du Trésor étrangers pour rapporter des intérêts.
Elles constituent un bouclier financier crucial pour la stabilité économique. [1]
- Stratégie d’accumulation d’or de la banque centrale du Ghana (BoG)
La stratégie d’accumulation d’or de la Banque centrale Ghana (BoG) repose sur l’achat massif de production locale pour doper les réserves de change, stabiliser le « cedi » (la monnaie locale du Ghana) et diversifier les actifs, avec des réserves atteignant 38,04 tonnes fin octobre 2025 (hausse de 35% en un an). Elle s’appuie sur le programme « Gold for Reserves » et le Ghana Gold Board (GoldBod) pour monétiser l’or national. [2]
- Fondement de l’initiative de la Banque centrale du Ghana
L’initiative de la Banque centrale du Ghana s’inscrit dans le cadre du Programme national d’achat d’or (DGPP), mis en place pour renforcer les réserves de change et réduire la dépendance au dollar américain.
Depuis 2023, toutes les compagnies minières opérant au Ghana sont tenues de vendre 20 % de leur production d’or à la banque centrale en monnaie locale (cedi). Cette stratégie permet à l’État d’utiliser directement ces lingots pour couvrir certaines dépenses, notamment l’achat de carburants, contribuant ainsi à la stabilisation du cedi et à la réduction des pressions sur les réserves de change. [3]
- Le dispositif mise en place par le programme d’achat d’or de la banque centrale du Ghana
Ce programme sert aussi à gérer les réserves de change du pays. La Banque centrale du Ghana poursuit un objectif d’accumulation de réserves, tout en utilisant une partie de ces ressources lorsque le marché en a besoin. Une partie des dollars mis en vente provient du programme national d’achat d’or.
Dans ce dispositif, la banque centrale achète de l’or produit localement. Cet or est ensuite converti en devises étrangères. Les dollars obtenus sont injectés sur le marché des changes de manière progressive et encadrée. Cette approche permet de canaliser les flux de devises de façon ordonnée, sans perturber le fonctionnement normal du marché.
- Les réformes mise en place par le gouvernement du Ghana pour la mise en œuvre du Programme d’achat d’or
5.1 Mise en place d’une nouvelle loi
À compter du 1er mai 2025, le secteur aurifère ghanéen est entré dans une nouvelle ère de réglementation : le Ghana Gold Board (GoldBod), créé en vertu de la loi n° 1140 de 2025, est désormais le seul organisme habilité à délivrer les licences, à superviser et à gérer l’exportation de tout l’or issu de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE) du pays.
5.2 Fonctions du Ghana Gold Board (GoldBod)
Superviser, contrôler, réglementer et entreprendre les activités de négoce, d’analyse, d’exportation et autres activités connexes relatives à l’or et aux autres minéraux précieux, tout en promouvant la valorisation, en luttant contre la contrebande d’or et en soutenant les petits exploitants miniers et les initiatives de développement durable, dans le but ultime de générer des recettes en devises étrangères.
5.3 création du Programme national d’achat d’or (PNAO)
Le Programme national d’achat d’or (PNAO) a débuté le 17 juin 2021 avec pour principal objectif de doubler le stock existant de 8,74 tonnes sur une période de cinq (5) ans . Le PNAO vise également à : • Accroître les réserves de change de la Banque. • Diversifier le portefeuille de réserves de change de la Banque.
5.4 Programme Gold for Reserves (G4R)
Le programme G4R, lancé pour formaliser le commerce de l’or et optimiser la contribution du secteur à l’économie nationale , a joué un rôle déterminant dans l’accumulation de devises étrangères tout en soutenant le secteur minier artisanal du pays.
- Conséquence positive de la stratégie d’achat d’or de la banque centrale Ghana
La Banque du Ghana indique que le cedi s’est apprécié de 40,67 % face au dollar sur l’ensemble de l’année 2025, pour atteindre environ 10,45 cedis pour un dollar. D’après des données compilées par Bloomberg, la monnaie ghanéenne a enregistré en 2025 sa première hausse annuelle depuis au moins 1994. Parmi les 144 monnaies suivies par l’agence financière, le cedi se classe au deuxième rang en termes de progression face au dollar, derrière le rouble russe.
Les réserves d’or de la Banque centrale du Ghana ont atteint 38,04 tonnes fin octobre 2025, en hausse de 35 % par rapport à octobre 2024 (28,1 tonnes), grâce à la stratégie d’approvisionnement du Ghana Gold Board.
Entre janvier et octobre 2025, environ 7,5 tonnes ont été ajoutées, portant les réserves à un niveau équivalent à 4,5 mois de couverture des importations, selon le gouverneur Johnson Asiama, qui a souligné le rôle du nouvel organisme public de négoce d’or dans la stabilisation de la monnaie nationale. [4]
- Projection des stocks mondiaux d’or des banques centrales à travers le monde
Selon un rapport du Forum officiel des institutions monétaires et financières (OMFIF), les banques centrales du monde entier ont cumulé plus de 1 000 tonnes d’or par an en 2022 et 2023, illustrant un mouvement global de diversification des réserves face aux incertitudes économiques et géopolitiques. Les projections estiment que les stocks mondiaux officiels atteindront 38 300 tonnes d’ici 2026, un niveau inégalé depuis 1965.
Avec cette accumulation d’or, le Ghana cherche non seulement à renforcer son système financier mais aussi à protéger son économie des fluctuations des devises étrangères, tout en consolidant la position de la Banque centrale en tant que pilier de la stabilité monétaire et de la résilience économique du pays.
- Observations
L’études de cas présentée ci-haut nous a permis de comprendre sommairement la démarche empruntée non seulement par la banque centrale du Ghana mais par le duo » gouvernement – banque centrale « .
L’initiative de l’accumulation des réserves d’or est une démarche » structurelle » qui nécessite de la » méthode » dans sa mise en œuvre.
Par ailleurs, il est intéressant que la Banque Centrale du Congo s’y intéresse actuellement car cela contribuerait implicitement à la réflexion sur la mise en œuvre de l’accord de partenariat stratégique USA-RDC notamment concernant le volet de la » formalisation du secteur de l’artisanat minier « .
- Recommandations
Conformément à l’étude de cas analysée ci-haut, nous formulons les recommandations suivantes :
- recommandation no 1 : mettre en place une commission » gouvernement – banque centrale du Congo – services spécialisés du ministère des mines » afin de réfléchir sur les Termes de référence visant l’élaboration d’un projet de loi qui va encadrer l’initiative de la constitution des réserves d’or par la Banque Centrale du Congo tenant compte de toutes les considérations d’ordre structurelles qui en dérouleront ;
- recommandation no 2 : commander auprès d’un cabinet spécialisé une » étude de faisabilité et d’opportunités » de la mise en place d’une raffinerie par la BCC afin de s’assurer de la maîtrise du projet ainsi que des conséquences associées.
- recommandation no 3: organiser une mission d’échange entre la banque centrale du Congo et la banque centrale du Ghana afin d’apprendre auprès des ghanéens. Ceci permettra de faire ressortir les points forts ainsi que les points faibles de la stratégie ghanéenne afin de faire mieux en RDC tenant compte du contexte qui est le nôtre.
- Conclusion
Cette tribune de réflexion a été rédigée afin de contribuer à la réflexion initiée par la Banque Centrale du Congo visant à mettre en place une raffinerie d’or pour Accroître les réserves d’or du pays pour assurer, notamment, la résilience financière du franc congolais.
À l’issue du développement effectué ci-haut, il apparaît que cette initiative de la Banque centrale du Congo s’inscrit dans une démarche structurelle qui nécessite de la méthode pour atteindre les résultats escomptés.
Patrick Onoya Tambwe
Auteur du livre » 15 raisons pour s’approprier le deal USA – RDC «