République démocratique du Congo traverse une nouvelle zone de turbulence démocratique. Ce 20 février 2026 à Kinshasa, des membres de la société civile, juristes, artistes, avocats et acteurs politiques ont procédé au lancement officiel du Front de Lutte contre les Arrestations Abusives et Arbitraires en République Démocratique du Congo (FLAAAR), une plateforme citoyenne qui entend défendre l’État de droit face à la recrudescence des interpellations jugées irrégulières.
Dans une déclaration solennelle devant la presse, les initiateurs du FLAAAR ont dénoncé « des pratiques qui fragilisent la démocratie et portent atteinte aux libertés fondamentales ». S’appuyant sur les articles 16 et 18 de la Constitution congolaise, ils ont rappelé que toute personne a droit au respect de sa dignité, à la liberté et à une procédure régulière en cas d’arrestation.
Selon eux, les arrestations abusives et arbitraires « ne sont plus des faits isolés, mais deviennent des méthodes ». Des citoyens seraient interpellés sans mandat, détenus dans des conditions indignes, parfois dans des cachots clandestins, en violation des délais légaux de garde à vue fixés à 48 heures.
Les organisateurs ont également évoqué la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’Organisation des Nations unies, notamment son article 19 qui garantit la liberté d’opinion et d’expression.
Dans un ton ferme, les intervenants ont insisté :
« Décrier la gestion de la chose publique, dénoncer des bavures, exprimer un désaccord politique sont des droits, non des infractions. »
Ils ont affirmé que la liberté d’expression ne saurait être perçue comme « une faveur du pouvoir », mais comme un droit inhérent à chaque citoyen de la République démocratique du Congo, pays dont l’histoire est marquée par la lutte pour la liberté incarnée par Patrice Lumumba.
Le FLAAAR s’assigne plusieurs objectifs :
• Dénoncer publiquement toute arrestation abusive ou arbitraire ;
• Assurer une assistance juridique aux victimes ;
• Documenter les violations des droits fondamentaux ;
• Mobiliser l’opinion nationale et internationale ;
• Saisir, si nécessaire, les juridictions compétentes, y compris internationales.
« Notre démarche n’est ni insurrectionnelle ni partisane. Elle est républicaine et légale », ont martelé les initiateurs, qui se définissent comme un « rempart contre l’arbitraire ».
Le cas Parole Kamizelo au centre des préoccupations
Parmi les dossiers évoqués figure celui de Parole Kamizelo, enlevé le 6 décembre 2025 sur le site de l’Université Pédagogique Nationale (UPN). Selon le FLAAAR, il aurait été détenu au cachot du Conseil National de Cyberdéfense (CNC), où il aurait subi des tortures et des humiliations avant d’être présenté au parquet de grande instance de Kinshasa-Ngombe seize jours plus tard, puis transféré à la prison centrale de Makala.
Plusieurs figures politiques et sociales ont pris part à l’activité, notamment l’ancien député national Ados Ndombasi, Mike Mukebay, Alain Bolondjwa, Jonathan Kalumba, Gloria Panda ainsi que d’autres acteurs engagés de la société civile et des mouvements citoyens.
À travers cette initiative, les membres du FLAAAR affirment vouloir instaurer une vigilance démocratique permanente.
« Lorsqu’un citoyen est réduit au silence par la peur, c’est toute la République qui vacille », ont-ils conclu.
JSuana