Politique A chaud Nation Economie

RDC : l’or, nouvelle arme monétaire ? La 40e tribune de Patrick Onoya propose une révolution financière

RDC : l’or, nouvelle arme monétaire ? La 40e tribune de Patrick Onoya propose une révolution financière

Kinshasa, 15 avril 2026 – Dans sa 40e tribune, le professeur Patrick Onoya Tambwe explore une piste innovante pour transformer le système financier congolais : adosser les dépôts bancaires à l’or. À travers une analyse rigoureuse du marché aurifère et des dynamiques monétaires, il met en lumière le potentiel stratégique de l’accumulation d’or par la Banque Centrale du Congo pour stabiliser le franc congolais, renforcer la souveraineté monétaire et stimuler l’investissement à long terme.

« VERS LE DÉVELOPPEMENT D’UN PRODUIT FINANCIER INNOVANT RÉSULTANT DE L’ACCUMULATION D’UN STOCK D’OR PAR LA BANQUE CENTRALE DU CONGO »

Par Patrick Onoya Tambwe

Cette 40 ème tribune du professeur Patrick Onoya Tambwe est un article qui analyse le rôle stratégique de l’or dans la politique monétaire de la Banque Centrale du Congo (BCC) et son potentiel comme levier d’innovation financière pour transformer le système bancaire congolais.

En effet, l’étude empirique du cours de l’or sur la période 2003-2024 met en évidence une tendance structurellement haussière malgré des cycles de correction. Le prix de l’once est passé de moins de 400 USD au début des années 2000 à près de 1 900 USD en 2011, avant de se stabiliser entre 1 000 et 1 500 USD jusqu’en 2019, puis de repartir à la hausse à partir de 2020 sous l’effet de la crise du COVID-19, de l’expansion monétaire mondiale et des tensions inflationnistes.

Ces évolutions confirment le rôle de l’or comme actif de couverture contre les risques macroéconomiques et comme instrument de préservation de la valeur à long terme.

Dans ce contexte, la stratégie récente de la BCC, marquée par un accord signé en février 2026 avec DRC Gold Trading SA pour l’achat d’or artisanal, vise à renforcer les réserves de change, diversifier les actifs extérieurs et réduire la dépendance au dollar américain. Cette orientation s’inscrit dans une logique de souveraineté monétaire et de stabilisation du franc congolais. L’exemple du Ghana illustre toutefois que l’accumulation d’or ne produit des effets positifs sur la monnaie que si elle s’accompagne d’une amélioration des fondamentaux macroéconomiques. En effet, l’appréciation du  » cédi ghanéen « plus de 40 % en 2025 s’explique autant par l’accumulation d’or que par la hausse des recettes d’exportation (de 7,6 à 11,6 milliards USD entre 2023 et 2024), tirées principalement par l’or, le cacao et le pétrole.

L’un des constats majeurs du travail concerne la structure des dépôts bancaires en RDC. Entre 2007 et 2022, les dépôts totaux ont fortement augmenté, passant de 431,7 milliards à 22 994,74 milliards de CDF. Cependant, cette croissance s’accompagne d’un déséquilibre structurel : les dépôts à vue dominent largement (environ 81 %), contre seulement 19 % pour les dépôts à terme. Cette préférence pour la liquidité immédiate limite la capacité des banques à financer des investissements de long terme et crée une inadéquation de maturité.

Cette situation est cohérente avec les tendances en Afrique subsaharienne, où les systèmes bancaires restent faiblement intermédiés et caractérisés par une prédominance des ressources de court terme.

Pour répondre à ces déséquilibres, l’étude propose une innovation financière : la création d’un « dépôt à terme à étalon or ». Ce produit serait adossé aux réserves d’or de la BCC et prendrait la forme de dépôts à terme en franc congolais (1 à 3 ans), dont la rémunération serait indexée sur les anticipations du prix de l’or.

L’innovation repose sur un mécanisme de tokenisation de l’or, permettant de transformer les réserves physiques en actifs numériques échangeables via une plateforme interbancaire. Les banques commerciales distribueraient ensuite ces produits aux clients, offrant ainsi une alternative plus attractive que les dépôts classiques en CDF ou en USD.

Ce dispositif présente plusieurs avantages macroéconomiques : il incite à l’épargne en monnaie nationale, favorise l’allongement de la maturité des ressources bancaires, renforce la capacité de financement de l’économie réelle et contribue à la dédollarisation.

En outre, il permet de démocratiser l’accès à l’investissement en or tout en conservant un ancrage réel grâce aux réserves physiques détenues par la BCC.

Cependant, cet article souligne que la réussite de cette innovation dépend de plusieurs conditions essentielles : une infrastructure technologique sécurisée, un cadre réglementaire adapté, une crédibilité institutionnelle forte et une analyse rigoureuse des paramètres financiers ( rendement, inflation, valeur temps de l’argent ).

En définitive, le dépôt à terme adossé à l’or constitue une piste prometteuse pour renforcer la stabilité monétaire et le financement de l’économie congolaise, mais son efficacité dépendra de son intégration dans une stratégie macroéconomique globale cohérente.

partager
About Author

changement7infos

Changement7.net est un média d'informations en ligne au centre de l'actualité en République Domocratique du Congo.

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *