À l’occasion d’une émission consacrée à la situation de la ville de Kinshasa et à la récente visite du président de la République sur certains chantiers de la capitale, Jeff Pambi, administrateur principal d’Alerte-RDC, a dressé un tableau sombre de la gouvernance en République démocratique du Congo.
D’entrée de jeu, il estime que la colère du chef de l’État face à l’état de délabrement de Kinshasa est compréhensible. Selon lui, « seule une personne de mauvaise foi peut être surprise par l’indignation du président face à la réalité que vivent les Congolais ».
Pour Jeff Pambi, le véritable problème réside dans le fait que le président Félix Tshisekedi serait entouré de collaborateurs incapables de traduire sa vision en actions concrètes. « Si rien ne marche dans ce pays, cela signifie simplement que le chef de l’État n’a pas autour de lui des hommes et des femmes capables de comprendre sa vision et de la mettre en œuvre », a-t-il déclaré.
Prenant l’exemple du marché central de Kinshasa, il critique vivement les travaux réalisés. Selon lui, les infrastructures construites sont largement insuffisantes par rapport aux besoins réels des commerçants. « On avait besoin d’un grand marché capable d’accueillir des dizaines de milliers de vendeurs, mais on construit un petit bâtiment qui ne répond même pas aux besoins existants », regrette-t-il.
Jeff Pambi dénonce également une culture d’inaugurations précipitées d’ouvrages inachevés. Il cite notamment l’hôpital Mama Yemo et le Centre financier de Kinshasa, affirmant que plusieurs infrastructures présentées au président ne seraient pas totalement achevées ni prêtes à être utilisées correctement.
Selon lui, le chef de l’État est progressivement déconnecté de la réalité quotidienne de la population. « Il y a un écran entre le président et le peuple. On lui présente une image qui ne correspond pas à la souffrance réelle des Congolais », affirme-t-il.
Abordant la question de la gouvernance provinciale, Jeff Pambi critique sévèrement le mode de désignation des autorités locales et l’absence de contrôle des institutions provinciales. Il évoque également les soupçons de corruption qui auraient entouré l’élection du gouverneur de Kinshasa.
Face à cette situation, il appelle à une refondation complète de l’État congolais. Pour lui, le pays doit marquer un arrêt afin d’organiser un grand dialogue national réunissant toutes les forces vives de la nation.
« Il faut avoir le courage de s’arrêter, de mettre tout le monde autour d’une table et de revoir les mécanismes de fonctionnement de l’État. Aujourd’hui, l’État n’existe pratiquement plus », soutient-il.
Jeff Pambi estime que les problèmes du Congo ne se limitent pas à Kinshasa, mais concernent toutes les provinces du pays. Il pointe notamment l’incompétence, le clientélisme, l’absence de volonté politique et la mauvaise gestion des affaires publiques.
Interrogé sur le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, il lui conseille de réunir ses équipes afin d’identifier les véritables blocages et de faire appel à toutes les intelligences capables de contribuer au redressement de la capitale.
« Le mal doit être traité à la racine. Tant que les causes profondes ne seront pas réglées, les mêmes problèmes continueront à se répéter », conclut-il.
L’entretien s’est achevé sur un appel à une prise de conscience collective afin d’éviter, selon lui, “l’effondrement progressif de l’État congolais”.
JSuana
