Quand le pecunia redessine les frontières du bien et du mal
Nous assistons aujourd’hui à une démonstration saisissante de la puissance du pecunia (l’argent), cette force capable de rapprocher des acteurs que tout semblait opposer. À tel point que certains observateurs ont l’impression qu’une guerre née à l’aube de l’humanité est en train de connaître une trêve inattendue.
Le plus troublant, dans cette séquence politique, est la difficulté croissante à distinguer le bien du mal. Non pas parce que les valeurs auraient disparu, mais parce que ceux qui les incarnaient hier semblent désormais regarder dans la même direction. Les lignes de démarcation deviennent floues, les convictions se mélangent aux intérêts et les alliances les plus improbables se nouent sous nos yeux.
Depuis que la question du changement de la Constitution a été placée au centre du débat national, certains responsables religieux en ont fait leur principal cheval de bataille. Dans ce combat, nous assistons à des rapprochements qui auraient été jugés inconcevables il y a encore peu. Dans les églises, on dénonce le mal et l’on appelle à la vigilance spirituelle ; dans certaines salles de réunion, en revanche, des compromis et des alliances se construisent avec ceux qui étaient hier encore présentés comme des adversaires irréconciliables.
Une question mérite alors d’être posée : ces prises de position sont-elles motivées par l’amour de la patrie et la recherche sincère du bien commun ? Sont-elles dictées par la volonté de préserver la paix sociale ? Ou répondent-elles à d’autres considérations, notamment la proximité avec le pouvoir ou des intérêts moins avoués ?
Ces interrogations ne visent pas à condamner, mais à rappeler une exigence fondamentale : la cohérence. Car lorsqu’une institution morale s’engage dans l’arène politique, elle s’expose inévitablement au jugement de l’opinion publique. Les citoyens observent, comparent les discours aux actes et évaluent la fidélité aux principes proclamés.
Dans ce contexte, les responsables de l’Église sont confrontés à un défi majeur : préserver leur crédibilité. Quelle que soit l’issue du débat constitutionnel, les contradictions apparentes entre certains discours et certaines alliances risquent de laisser des traces durables dans l’esprit des fidèles et de l’opinion.
L’Église a toujours tiré sa force de son indépendance morale et de sa capacité à parler au nom des principes plutôt qu’au nom des intérêts. C’est pourquoi elle doit veiller à ne pas sacrifier son autorité spirituelle sur l’autel des calculs conjoncturels.
Comme le rappelle l’Écriture : « Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus. » Cette parole demeure d’actualité. Elle rappelle que la quête du pouvoir, de l’influence ou des avantages matériels ne devrait jamais prendre le dessus sur la fidélité aux valeurs fondamentales.

Christian Mbala
Analyste politique et entrepreneur

