Alors que certains annonçaient une paralysie totale de Kinshasa à l’occasion du mot d’ordre de « ville morte » du 3 juin 2026, la capitale congolaise a finalement poursuivi son rythme habituel. Entre marchés ouverts, transports actifs et vie quotidienne inchangée, la ville a semblé répondre à sa manière aux appels à l’arrêt : en continuant simplement de vivre, déjouant ainsi les prévisions de ses détracteurs.
Révolution de la Conscience Révoltée(83)
Pendant qu’on préparait son acte de décès, Kinshasa rédigeait son certificat de vie. Par Jonas Tshiombela, Avocat du Peuple
Katanga, 03 Juin 2025. Parfois, la politique ressemble à ces matchs de football que certains commentateurs gagnent avant même le coup d’envoi. Le résultat est annoncé, les analyses sont prêtes, les conclusions sont rédigées et il ne reste plus qu’à attendre que la réalité confirme la prédiction.
Ainsi en fut-il de la fameuse « ville morte » du 3 juin 2026.
Depuis plusieurs jours, des voix assurées annonçaient que Kinshasa allait s’arrêter. Les avenues seraient désertes, les commerces fermés, les bureaux vides, les marchés silencieux et les transports à l’arrêt. Certains observateurs avaient déjà sorti leurs stylos pour rédiger le compte rendu d’une mobilisation historique.
D’autres étaient prêts à publier l’avis de décès de la capitale .
Quelques optimistes avaient même réservé les premières places pour assister aux funérailles de l’activité économique. Mais voilà. Kinshasa n’avait visiblement pas reçu le programme.
- Au lieu de mourir, elle s’est réveillée.
- Comme tous les matins.
- Les mamans maraîchères ont repris le chemin du marché.
- Les chauffeurs de taxi ont repris leur dialogue légendaire avec les embouteillages.
- Les vendeurs ambulants ont poursuivi leur combat quotidien contre la pauvreté.
- Les fonctionnaires ont rejoint leurs bureaux.
- Les élèves et étudiants ont poursuivi leurs activités.
- Et les embouteillages, ces serviteurs les plus fidèles de la ville, ont une fois de plus répondu présents à leur poste sans jamais réclamer de prime de risque.
La seule chose introuvable ce mercredi matin était peut-être la fameuse ville morte. Certains disent qu’elle aurait raté son rendez-vous. D’autres affirment qu’elle se serait perdue quelque part entre Matete et le Rond-point Victoire. Personne ne le sait vraiment. Mais une chose est certaine : Kinshasa était bien vivante. Comme toujours, la capitale congolaise a rappelé qu’elle est une ville particulière.
- Elle écoute tout le monde.
- Elle respecte toutes les opinions.
- Mais au final, elle décide elle-même de ce qu’elle veut faire.
La sagesse africaine enseigne qu’on ne peut pas ordonner au soleil de ne pas se lever. De la même manière, il est difficile de demander à une population qui vit de son effort quotidien de suspendre sa lutte pour la survie sans être certaine que le sacrifice en vaut la peine.
À Kinshasa, la débrouillardise n’est pas seulement une qualité. C’est presque une institution républicaine. Le Kinois moyen possède une philosophie simple :
- « Les débats politiques sont importants, mais les frais scolaires n’attendent pas. »
- « Les discussions constitutionnelles sont légitimes, mais le loyer aussi. »
- « Les déclarations sont utiles, mais le panier de la ménagère reste prioritaire. »
Cette réalité n’est ni une faiblesse ni une indifférence. C’est simplement l’expression d’un peuple qui réfléchit à partir de ses propres préoccupations. La démocratie véritable commence justement là : - Dans la liberté de participer ou de ne pas participer.
- Dans la liberté d’adhérer ou de ne pas adhérer.
- Dans la liberté de suivre un mot d’ordre ou de poursuivre son chemin.
Le peuple n’est pas une armée que l’on déplace par communiqué. Le peuple est une conscience collective qui décide selon ses convictions. - Ce 3 juin 2026, Kinshasa n’a humilié personne.
- Elle n’a insulté personne
- Elle n’a déclaré la victoire de personne.
- Elle a simplement vécu.
Et parfois, vivre est déjà une réponse.
Cette journée devrait inviter tous les acteurs politiques à davantage d’humilité. Car dans une démocratie, les citoyens ne sont pas des figurants.
- Ils sont les auteurs du scénario.
- Ils peuvent surprendre les gouvernants.
- Ils peuvent surprendre l’opposition.
- Ils peuvent même surprendre les experts.
Car le peuple conserve toujours un privilège que personne ne peut lui retirer : celui d’avoir le dernier mot. Ce mercredi, ce dernier mot n’a pas été prononcé dans un meeting. Il n’a pas été publié dans un communiqué. Il n’a pas été diffusé sur les réseaux sociaux. Il s’est exprimé dans les marchés, les bureaux, les écoles, les taxis, les ateliers et les rues de la capitale.
En réalité, Kinshasa n’a pas répondu par des discours. Elle a répondu dans sa langue maternelle. La vie. Et pendant que certains préparaient son acte de décès, elle rédigeait tranquillement son certificat de vie. Partageons massivement.
Par Jonas Tshiombela, Avocat du Peuple

